La conversation avant une séance photo : créer une image à deux
Une séance peut commencer bien avant que je prenne l’appareil photo. Par une conversation, une envie encore floue, un personnage qu’on aurait aimé incarner. Je cherche à découvrir l’univers de la personne que je vais photographier : ses goûts, ses passions, ce qui l’attire et ce qu’elle aimerait explorer.
La conversation avant une séance photo est déjà un moment de création. Elle permet de trouver une direction qui nous intéresse tous les deux, dans laquelle le modèle se sente pleinement impliqué. L’image commence à prendre forme dans cet échange.
Conversation avant une séance photo : quel personnage rêverais-tu d’incarner ?
C’est une question que je pose souvent. Elle peut aussi prendre une autre forme : à quel personnage t’identifies-tu ? Quelle figure te fascine, t’intrigue ou te donne envie d’essayer quelque chose ?
Je travaille beaucoup avec les archétypes. Ces figures offrent un point de départ pour imaginer une présence, une attitude, une histoire. Une guerrière, une reine, une magicienne : derrière le personnage, il y a bien davantage qu’un costume. Il y a une manière d’occuper l’espace, de regarder, de se tenir face à ce qui nous entoure.
Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir ce que cette figure évoque pour la personne qui va l’incarner. Un même personnage peut attirer pour des raisons très différentes. La guerrière peut parler de force, de protection, de résistance ou de liberté. Ces nuances changent profondément la photographie que nous allons construire.
Une bibliothèque d’imaginaires
Pour nourrir cette recherche, les portes d’entrée sont nombreuses. Le cinéma, la littérature, les illustrateurs, la bande dessinée, les jeux vidéo, les mythes et les légendes constituent une immense réserve d’inspiration.
J’aime explorer les figures et les récits de différentes cultures, avec leurs histoires et leurs significations propres. Une référence peut nous attirer pour son atmosphère, une silhouette, une tension entre deux personnages ou une émotion difficile à nommer. Elle nous donne quelque chose à partir de quoi chercher.
Le Tarot de Marseille fait également partie de mes compagnons de création. J’adore parfois l’utiliser pour ouvrir une piste. Ses figures, ses gestes et ses symboles peuvent faire surgir une association à laquelle nous n’aurions pas pensé.
Nous pouvons aussi partir d’une idée plus abstraite. « La liberté », par exemple. Comment lui donner une forme ? Dans un mouvement, une posture, un rapport au cadre ? Que signifie-t-elle pour la personne devant l’objectif ? Ce type de question transforme un thème très vaste en une recherche que nous pouvons mener ensemble.
L’archétype nous aide ainsi à explorer des formes, mais surtout des intentions, des énergies, des émotions et parfois des concepts. C’est là qu’il devient particulièrement fécond pour la photographie.
Quand les mots ne viennent pas
Tout cela représente ma façon idéale de commencer. Dans la réalité, la conversation ne fait pas toujours apparaître un personnage ou une envie précise.
Certaines personnes ne savent tout simplement pas quoi répondre. Elles ont envie de vivre une séance, mais aucune référence ne leur vient à l’esprit. D’autres trouvent plus facilement leurs idées dans les sensations, le mouvement ou le contact avec les matières. Imaginer un univers en en parlant reste abstrait ; essayer une tenue le rend immédiatement tangible.
Dans ces moments-là, je pars des vêtements et des accessoires.
Un costume peut révéler un univers. Sa matière, son poids, sa coupe ou sa façon d’accompagner le mouvement donnent déjà des indications. Il devient possible de sentir une direction avant de savoir la décrire.
La conversation continue alors autrement. Nous regardons ce que la tenue fait apparaître, ce qu’elle donne envie d’essayer, ce qui semble juste ou ce qui ne convient pas. L’idée se précise au contact de quelque chose de concret.

Dans ma caverne d’Ali Baba
Et si aucune piste ne se dessine encore ? Il reste le studio et ma caverne d’Ali Baba.
Nous pouvons arriver sans idée définie et construire sur place. Les tenues, les objets et les accessoires deviennent des points de départ. Nous essayons, nous rapprochons des éléments, nous laissons une première proposition en appeler une autre.
Cette part d’inspiration immédiate compte beaucoup pour moi. Tout n’a pas besoin d’être décidé avant la séance. Il faut aussi laisser de la place à ce que la rencontre et les essais rendent possible.
Une idée préparée donne une direction. Une découverte sur place peut nous donner envie de bifurquer. La création se nourrit des deux.

Trouver notre image
Au fond, ce que je cherche dans cette conversation, c’est un point de rencontre entre nos imaginaires.
J’apporte mes références, mon regard et les possibilités de mon studio. Le modèle apporte ses envies, sa sensibilité, ses réactions et sa manière singulière d’habiter une proposition. C’est à partir de cet échange que nous pouvons construire une image dans laquelle elle se sente véritablement engagée.
Parfois, tout commence par le nom d’un personnage. Parfois, par une idée aussi vaste que la liberté. Parfois encore, il faut enfiler une tenue et voir ce qui se passe.
La photographie commence déjà là : dans cette curiosité pour ce que nous allons inventer ensemble.
Et vous, quel personnage ou quelle idée aimeriez-vous explorer le temps d’une séance ?
Yohann — Yes Photographies





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